You are here

Football et intégration à Genève

Football et intégration à Genève

Extrait : La pratique d’un sport n’est pas intégratrice en soi. Quelles sont les stratégies adoptées ? Jouer dans un club communautaire ou un club mixte ? Le parcours de migrants portugais à Genève.

Pour une version originale de cet article, se référer à :
Sarah Mueller, Mélina Gonzalez, Emilie Richard, Lucien Mèche, Laurent Paccaud et Jérôme Berthoud (2016).

Jouer au foot pour réduire ses vulnérabilités ?
Revue REISO, juin 2016 : http://www.reiso.org/spip.php?article5647

L’existence de clubs de migrants fait débat. Certains auteurs perçoivent ces associations comme les conséquences d’un « repli communautaire » (Gasparini, 2007 ; Talleu et Weiss, 2007), qui prend racine dans un sentiment d’exclusion ressenti par les immigrés, qui renforce la solidarité interne et contribue à l’existence de ces clubs. D’autres mettent en avant le rôle de support à l’échange ou d’intermédiaires d’intégration joué par ces clubs, dont les membres se rassemblent pour participer et non pour s’isoler (Poli et al., 2012).

Néanmoins, peu de travaux donnent véritablement la voix aux acteurs du « terrain » : les joueurs. C’est le choix opéré par des étudiants de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), encadrés par deux assistants-doctorants. Cette étude se base sur le cas de cinq migrants d’origine portugaise, pratiquant le football dans des clubs mixtes et/ou des clubs de migrants en région genevoise. A travers des entretiens relativement peu directifs nos interlocuteurs ont été encouragés à retracer leurs parcours de vie et à le mettre en lien avec leur carrière footballistique.
Ce travail questionne le potentiel du football dans la réduction de la « vulnérabilité relationnelle », en mettant en exergue la pluralité et les similitudes des trajectoires d'intégration.

Notre hypothèse stipule que les clubs de football de migrants accueillent en priorité des jeunes hommes en situation de vulnérabilité. A l’inverse, une faible vulnérabilité relationnelle devrait pousser les joueurs à rejoindre un club mixte. Notre hypothèse est partiellement confirmée puisque dans 4 cas sur 5 étudiés, le lien supposé entre vulnérabilité relationnelle et type de club choisi est effectivement observé. Un des exemples est celui de Léo, qui choisit de s’engager dans un club de football portugais, alors que son niveau de français est encore limité : “c’est plus simple que d’aller dans un club suisse où il y a pas de portugais qui jouent.” Le réseau constitué au sein du club lui donne par la suite l’occasion de se réorienter professionnellement : “par le foot j’ai aussi pu faire un mini réseau… ah, toi tu fais comptable… toi tu fais électricien… et par ces contacts bah ça m’a aidé dans la vie à côté, ici (en Suisse)… dans des projets… même moi au niveau professionnel.” En effet, il délaisse la profession de mécanicien pour l’éducation de la petite enfance, grâce à un coéquipier qui le met en relation avec une crèche.

Les témoignages enregistrés nous renseignent sur le potentiel de « support à l’échange » des clubs de migrants. Ainsi, nos résultats interrogent le sens négatif associé à l’idée de l’enfermenent communautaire par opposition à l’intégration. On observe au contraire que ces clubs peuvent servir de soutien vers l’intégration par la communauté. Ils peuvent servir d’intermédiaire vers un club « mixte » ou même de tremplin professionnel. Clubs de migrants et clubs mixtes apparaissent ainsi comme deux types d’offres complémentaires, qui, chacune à sa manière et à différentes phases du processus d’intégration, peuvent aider les migrants à réduire certaines formes de difficultés d’intégration.

Nous terminons l’article en élaborant quelques pistes pour des recherches futures. Il serait notamment intéressant de prendre en compte le rôle des femmes migrantes au sein des clubs sportifs. Participent-elles aux activités des clubs de football ? Et si oui, sous quelles formes ? Cette question permettrait d’en soulever une autre : les terrains de football représentent-ils des lieux d’exclusion pour les femmes migrantes ou de domination par le genre masculin ?

About

Article type

News

Author

Sarah Mueller, Mélina Gonzalez, Emilie Richard, Lucien Mèche, Laurent Paccaud et Jérôme Berthoud

Published

Tuesday, August 30, 2016 - 10:00