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Combattre les stéréotypes de genre à travers le sport

Copyrights: John Torcasio on Unsplash

Combattre les stéréotypes de genre à travers le sport

En cette Journée internationale du sport féminin, sportanddev interroge le rôle du sport dans la lutte contre les stéréotypes de genre.

Contrairement à la notion de sexe qui renvoie aux caractéristiques purement biologiques différenciant les femmes et les hommes, la notion de genre se réfère aux rôles socialement construits. La conception de la féminité et de la masculinité relève de constructions historiques, culturelles et symboliques. La pérennité des « biais de genre inconscients1 » est assurée dès l’enfance par divers agents de socialisation comme la famille, l’école, les groupes de pairs, la télévision et les médias. Les études relatives au genre portent essentiellement sur les inégalités entre les femmes et les hommes. Trop souvent, les femmes et les filles se retrouvent en situation d’infériorité ou désavantagées dans différents domaines et le secteur sportif ne déroge pas à la règle.

Si le sport peut renforcer les stéréotypes de genre…

Le sport a été créé par les hommes pour les hommes et la pratique sportive au féminin a longtemps été décriée. Principale cause, une certaine représentation normative du corps et de la féminité englobant sexualité, beauté et maternité. Le corps médical, les institutions, les politiques et l’opinion publique ainsi que divers facteurs sociaux, culturels et conjoncturels ont ainsi engendré des inégalités durables dans l’accès au sport pour les femmes.

Certes, les mentalités ont évolué mais des disparités de taille perdurent. La sous-médiatisation du sport féminin, les inégalités salariales, le manque d’infrastructures dédiées à la pratique de haut niveau, le fait que les femmes ne bénéficient pas des mêmes opportunités que les hommes confortent un manque de visibilité, de reconnaissance et de notoriété. D’autres éléments représentent également un frein à l’égalité de genre dans le sport. Dans l’article « Pourquoi les sportives ne sont-elles pas féministes ? De la difficulté des mobilisations genrées dans le sport », la sociologue Christine Mennesson souligne, par exemple, le faible accès des femmes à des postes clés au sein des fédérations et des organisations sportives, et dénonce un recrutement par cooptation de personnalités non disruptives. Elle met aussi l’accent sur la situation de dépendance des athlètes féminines vis-à-vis de leurs entraîneurs et de leurs fédérations, ainsi que sur le processus de « socialisation inversée » souvent développé par des sportives évoluant dans un univers essentiellement masculin, et « souffrant » elles aussi de biais inconscients liés au genre.

Ainsi, le sport peut renforcer les stéréotypes de genre, mais il permet aussi de les combattre. A ce titre, il présente la même relation ambigüe qu’avec le racisme, agissant à la fois comme catalyseur et outil de lutte contre les préjugés.

… Il offre aussi une tribune à la promotion de l’égalité de genre

Les timides avancées en matière de médiatisation du sport féminin confirment une demande accrue de la part des femmes comme des hommes, et ainsi d’un changement progressif des mentalités. Des événements comme la Coupe féminine de football 2019 deviennent des rendez-vous sportifs et médiatiques et plusieurs organes de presse spécialisés dans la promotion du sport féminin ont vu le jour dernièrement : le magazine Les Sportives, Women Sports et plus récemment le media ÀBLOCK!. Par ailleurs, les fédérations internationale et nationales, les sponsors et les diffuseurs commencent à considérer le potentiel du sport féminin et à l’intégrer dans leurs stratégies marketing.

En France, depuis 2014, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) lance chaque année l’opération « Sport féminin toujours », destinée à accroitre la visibilité des sportives dans les médias. En quelques années, les retransmissions de sport féminin ont passé la barre des 10 % mais l'objectif de 20 % affiché pour 2020 n’a pas été atteint à cause de la pandémie de COVID-192. Malgré tout, le sport féminin reste peu visible tout au long de l’année, et pour le sociologue du sport Nicolas Delorme, « il faudrait une médiatisation récurrente pour changer les représentations des gens3 ».

Grâce à sa dimension médiatique, le sport peut jouer un rôle important dans la promotion de l’égalité de genre. Accroître la visibilité du sport féminin permet de bousculer les conceptions traditionnelles de la masculinité et de la féminité. De plus, une médiatisation soutenue du sport féminin contribue à la création de modèles féminins auxquels les petites filles (et les petits garçons) peuvent s’identifier. En tant qu’agents de socialisation primaire, les médias et la télévision ont le pouvoir d’amorcer un changement durable des mentalités.

Le Sport & Développement au service de l’égalité de genre

Au-delà de sa portée médiatique, le sport permet de réduire les disparités hommes-femmes, en agissant sur différentes problématiques. Tout d’abord, le sport participe au bien-être physique et mental et une pratique sportive régulière aide à renforcer l’estime de soi. En améliorant la perception des jeunes filles quant à leur image, leur capacité d’action et leur liberté personnelle, le sport contribue ainsi à leur autonomisation. Les bénéficiaires de programmes sportifs ont aussi tendance à développer des compétences de leadership.

Le sport peut aider à l’intégration sociale des femmes et des jeunes filles et entraine souvent un changement des mentalités chez leurs homologues masculins. En effet, la plupart des études considèrent que les garçons ayant une pratique sportive mixte changent de perception quant à leur rôle et adoptent une attitude positive envers leurs coéquipières, attitude qui perdure hors du terrain de jeu.

A travers le monde, de nombreuses organisations œuvrent en faveur de l’égalité de genre et combattent les stéréotypes grâce à des projets sportifs adaptés à leurs contextes respectifs. C’est le cas de Terre en Mêlées qui développe des programmes éducatifs en utilisant le rugby comme vecteur d’émancipation des jeunes, de Play International qui a lancé en 2019 un appel à participation pour favoriser la mixité filles-garçons dans le sport, de Moving the Goalposts (EN) qui aide les jeunes filles et les femmes des régions côtières du Kenya à surmonter les barrières sociales par le biais du sport, et bien d'autres encore.

Ainsi, le sport peut influencer positivement plusieurs facteurs favorisant l’égalité de genre. La plupart des recherches s’intéressant à la relation entre le sport et la notion de genre considèrent le potentiel du sport pour débattre et réviser les normes propres à chaque sexe. Le chemin sera encore long. Néanmoins, le sport a le pouvoir de modifier, à terme, les constructions mentales et subjectives, variables et évolutives inhérentes à la notion de genre.

1Un biais inconscient est un processus propre au cerveau humain, qui nous permet de prendre des décisions plus rapidement grâce à une série de raccourcis. Il influence notre perception du monde et notre relation aux autres en se basant sur généralisations inconscientes et des idées préconçues.

2Chini, Victor. 2021. « Pourquoi le sport féminin est toujours aussi peu médiatisé ». Ouest-France, 19 janvier.

3« Médiatiser le sport féminin pour l'entraîner dans "un cercle vertueux" ». La Nouvelle République, 19 janvier 2021.

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Sunday, January 24, 2021 - 10:18