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Coopérer, l'autre loi du sport (et du développement)

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Coopérer, l'autre loi du sport (et du développement)

Pour prétendre envisager l'avenir, il faut être capable de regarder le passé (et le présent) avec courage. Les mots ont un sens, aussi cesser de parler de « sport » et de « développement » est peut-être la première marche à franchir pour un secteur à la poursuite d'identité et de maturité.

Cet article a été soumis dans le cadre de notre appel visant à remodeler l'avenir du Sport et Développement.

Le « sport », compétitif et discriminant par essence, peut parfois difficilement se concilier aux objectifs communs de « développement ». Comment en faire un catalyseur d'inclusion, d'ouverture ou de paix, alors que son modèle de référence est structuré autour du contraire ?

Une partie de la réponse réside peut-être dans l'intérêt à porter non pas à la culture « sportive », non pas à la culture dominante dans le secteur du « développement », mais bien dans ce que nous enseigne l'observation objective de la nature à l'échelle géologique du temps. En période de crise climatique mondiale inédite et pour tirer les enseignements de la pandémie de COVID, ce serait avisé à tout le moins.

Pour une culture « sport et développement » qui s'inspire des lois de la nature

« L’égoïsme supplante l’altruisme au sein d’un groupe. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Tout le reste n’est que commentaire », nous résument D. S. Wilson et E. O. Wilson (Survival of the selfless, 2007). Dans la nature, l'autre loi fondamentale de l’évolution est la coopération. Il est étayé qu'à court terme les espèces du vivant les plus performantes dominent, tandis qu'à long terme les plus coopératives survivent. Allégorie de l'opposition entre une croissance prédatrice de l'instant T et un développement dit « durable ». Pour réconcilier nature et culture, il n'y a donc qu'un pas pour imaginer une pratique « sportive » et des logiques de « développement » transformées, basées sur plus de coopération - voire exclusivement.

Pour Servigne et Chapelle (L'entraide, l'autre loi de la jungle, 2017), « plus on évolue dans un contexte social coopératif, plus on développe ses automatismes prosociaux. Inversement, plus on évolue dans un contexte égoïste et compétitif, plus on développe les automatismes antisociaux ». L'heure est venue de mettre la coopération au centre de l'action éducative et inclusive : en parlant de « jeux sportifs » et non de « sport » pour envisager un outil adapté au service de finalités à impact.

Les « valeurs du sport » n'existent pas. Elles se pensent et se transmettent.

Les « valeurs du sport », c'est d'abord et surtout une publicité mensongère. Pour transmettre des valeurs, le « sport » doit se faire outil. De finalité auto-suffisante, il peut devenir outil de captation pourquoi pas (il y est plus prétexte en soi), outil de transformation certainement[1]. Il doit être passé aux filtres pédagogiques (qui l'anime ou l'enseigne), didactiques (comment est-il adapté et construit en relation aux objectifs poursuivis), et contextuels (quels sont les finalités de son utilisation et dans quel cadre). Où l'on voit toute l'importance de la formation, initiale et continue, des professionnels qui l'utilisent quotidiennement.

Les solutions germent et existent déjà presque toutes : pour qu'une pratique sportive ou un jeu sportif soit plus éducatif et plus inclusif, il s'agit de l'adapter et de s'éloigner des normes culturelles dominantes. Pour le rendre plus coopératif, dans le but à atteindre collectivement, dans les actions les plus décisives et dans les échanges nécessaires entre partenaires. Pour le rendre plus genre-inclusif, en s'appuyant sur des motricités originales variées, non-genrées, non-oppressives et sur un partage des rôles plus équilibré en mixité réfléchie[2]. Pour le rendre plus équitable, en pensant des modalités de pratiques partagées incluant des personnes porteuses de déficiences et en proposant des adaptations de façon anticipée (consignes, règles, environnement, matériel)[3].

Décideur.euses, à vous de jouer !

Développer, c'est émanciper et libérer. Développer, c'est créer toujours, et résister parfois. Développer, c'est permettre de grandir, soi-même et parmi les autres. Développer, c'est coopérer et apprendre à faire ensemble. Développer, c'est investir dans le détail, dans l'intangible et dans le temps long.

Développer durablement c'est inspirer, outiller et créer du lien. Sensibiliser, former et apprendre à faire ensemble. Des pratiques de mise en réseaux jusqu'aux outils à destination des bénéficiaires finaux, il s'agit de rompre avec l'idée qu'à l'image du « sport », il n'y aurait qu'un nombre réduit (ou pire, défini) de gagnant.es à la fin. Le mythe méritocratique si cher au « monde sportif » et à nos sociétés contemporaines s'arrête violemment là où l'objectif d'émancipation de tou.tes commence. Plutôt que de permettre à quelques-un.es de briller en triomphant, sommes-nous prêt.es à permettre au plus grand nombre de se libérer en se développant ?

Aux gouvernant.es et décideur.euses : innovez vraiment, disruptez franchement, faîtes preuve d'agilité et d'audace, prenez le risque d'être des pionnier.ères, misez sur l'entraide et la coopération.

Vive le jeu sportif (éducatif et inclusif), vive le développement (durable) !

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Pavel G. est enseignant d'éducation physique et sportive, éducateur sportif, spécialiste de l'éducation populaire et des pédagogies actives. Il est actuellement animateur, formateur et facilitateur indépendant dans le domaine du jeu, du jeu sportif éducatif et inclusif, du « faire ensemble » et du « pouvoir d'agir ».

[1]Voir

Attali, M. (2016). Les éducations par le sport. Canopé éditions.

Attali, M., Le Yondre, F., Sempé, G., & Chiron, E. (2021). Sport for development: from UNESCO’s universal language to application. Case study of French NGOs. Sport in society. DOI : https://doi.org/10.1080/17430437.2020.1866550

Le Yondre F. (2019). Le sport pour l’accueil des migrants : finalité, support ou outil ? Jurisport. La revue juridique et économique du sport, n° 197, pp. 29-34.

[2]Voir

Charlier, N. (2013). Basket : des savoirs émancipateurs pour toutes et tous ! Contrepied, HS 7.

Davisse, A. (2010). Filles et garçons en EPS : différents et ensemble ? Revue française de pédagogie, 171, pp. 87-91. DOI : https://doi.org/10.4000/rfp.1916

Ennis et al. (1998). The participation and perceptions of girls within a unit of sport education. Journal of teaching in physical education, 17(2), pp-157-171. DOI : https://doi.org/10.1123/jtpe.17.2.157

Patinet, C., & Cogérino, G. (2013). Expériences de mixités vécues par les enseignants d’éducation physique et sportive : lien entre vigilance et équité sexuée. Revue française de pédagogie, 182, pp. 93-106. DOI : https://doi.org/10.4000/rfp.4014

Van Acker, R., Carreiro Da Costa, F., De Bourdeaudhuij, I., Cardon, G., & Haerens, L. (2010). Sex Equity and Physical Activity Levels in Coeducational Physical Education: Exploring the Potential of Modified Game Forms. Physical Education and Sport Pedagogy, 15, pp. 159-173.  DOI : http://dx.doi.org/10.1080/17408980902877609

[3]Voir

How to adapt and modify your sport activities to include all. Inclusive Sport Designhttps://inclusivesportdesign.com/tutorials/how-to-adapt-and-modify-your-sport-activities-to-include-all/

Adapt and modify with TREE. Inclusive Sport Designhttps://inclusivesportdesign.com/tutorials/adapt-and-modify-with-tree/

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Pavel G.

Published

Wednesday, August 3, 2022 - 10:46