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Éviter les pièges du sport : intégration des personnes handicapées, égalité des sexes et consolidation de la paix

Author: Olivia Sawyer
Copyrights: United Purpose

Éviter les pièges du sport : intégration des personnes handicapées, égalité des sexes et consolidation de la paix

Steve Harknett nous parle de l'importance de s'assurer que chaque aspect de la conception des projets du sport au service du développement et de la paix (SDP) contribue à l'objectif social souhaité.

Dans cet article, j'identifie certains des pièges du sport au service du développement et de la paix (SDP) dans trois domaines particuliers : l'inclusion des personnes handicapées, l'équité entre les sexes et l’instauration de la paix. Cet article est basé sur mon travail de ces dernières années, principalement avec les ONG internationales : United Purpose et Humanity & Inclusion.

Sport et inclusion

Le sport peut favoriser l'intégration sociale des enfants et des jeunes enfants handicapés, en leur permettant de jouer et de rivaliser avec leurs pairs valides, en réduisant la stigmatisation et en créant des liens d'amitié. Toutefois, cela dépend de divers facteurs, tels que la manière dont l'activité sportive inclusive a été conçue : quelles adaptations ont été mises en place pour permettre à l'enfant handicapé de participer de manière significative, équitable et sûre ? Des jeux mal conçus peuvent conduire à des comportements symboliques (c'est-à-dire que l'enfant handicapé devient un spectateur et est exclu du jeu) ou à un risque de blessure. Cela peut renforcer l'attitude de leurs camarades valides, qui pensent que les enfants handicapés sont « faibles » et « ne peuvent pas faire de sport » et qu'ils ont besoin de dispositions « spéciales » distinctes pour le sport. Il y a également un risque que le sport inclusif mal conçu et mal planifié crée du ressentiment et des réactions hostiles chez les enfants valides, par exemple si le sport adapté est moins amusant ou si l'adaptation nuit à l'équité ou à l'intégrité du jeu.

Sport et égalité des sexes

L'utilisation du sport pour promouvoir l'égalité des sexes peut présenter des pièges similaires. Le sport donne en effet aux femmes et aux jeunes filles l'occasion de démontrer leurs compétences, de remettre en question les stéréotypes sexistes et de faire preuve de leadership, mais il peut aussi avoir l'effet inverse. Dans un tournoi organisé par une organisation kenyane, des filles insuffisamment formées et peu douées pour le football ont été ridiculisées par des garçons de la région, ce qui a pu avoir comme effet de renforcer le stéréotype négatif selon lequel « les filles ne peuvent pas jouer au football » ou encore que « le football est un sport masculin ». L'organisation du tournoi était probablement prématurée, et il aurait peut-être été préférable d'attendre que les filles aient développé leurs compétences sportives pour présenter une impression plus positive du sport féminin. Restreindre les filles à des sports « féminins » comme le netball peut également renforcer les stéréotypes sociaux liés au genre, ce qui ne veut pas dire que l'on doive nier les énormes avantages sociaux et psychosociaux que les filles peuvent tirer de ces sports, ni la force des barrières culturelles/religieuses qui peuvent exister et qui confinent les filles à ces sports.

Sport et paix

Dans le monde entier, le sport est parfois utilisé comme un vecteur de paix, par exemple afin de favoriser la compréhension et la réconciliation entre jeunes de quartiers ou de communautés en conflit. Un projet de sport inclusif que j'ai géré au Sri Lanka en a été l’exemple : de jeunes Tamouls et Cinghalais handicapés, devenus handicapés pendant la guerre civile en se battant les uns contre les autres, se sont affrontés sur le terrain de basket-ball et de volley-ball. Après les matchs, ils ont plaisanté ensemble et sont devenus amis. Cependant, les nombreuses associations entre le sport et la violence ne doivent pas être ignorées. Il est surprenant de constater combien d'initiatives pour la paix utilisent le sport et semblent fondées sur la capacité presque magique à créer l'harmonie et l'amitié, alors que de nombreux exemples dans le monde montrent que ce n'est manifestement pas le cas. Les responsables d'un programme auquel j'ai participé en Gambie m'ont dit que la violence des foules lors des matchs de football était si grave que les organisateurs avaient renoncé à utiliser la police pour garder le contrôle et avaient plutôt fait appel à l'armée. Le sport au service de la paix devrait se concentrer sur un sport moins compétitif et plus coopératif (y compris le « sport » au sens large, comme les loisirs et le fitness), surtout lorsqu'un sport particulier, comme le football, est associé à des divisions communautaires ou ethniques. La conception de programmes sportifs, par exemple la sélection et la formation des entraîneurs pour qu'ils se concentrent sur les valeurs de paix et de fair-play, l'accent mis sur les matchs amicaux plutôt que sur les tournois à enjeux élevés qui renforcent la compétitivité, etc.

Dans ces trois domaines : le sport pour l'intégration des personnes handicapées, l'égalité des sexes et la paix, et dans tout autre domaine du SDP, les programmateurs ne doivent pas s'appuyer uniquement sur le pouvoir inné du sport pour faire le bien, mais doivent examiner attentivement, lors de la planification du projet mais aussi lors du suivi et de l'évaluation, si chaque aspect de la conception du projet contribue à l'objectif social souhaité.

Steve Harknett travaille dans le domaine du développement international depuis près de 20 ans, dont 5 ans dans le domaine du sport au service du développement et de la paix.

[Cet article a été traduit de l'anglais au français par Kiran Bergeret.]

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Published

Tuesday, March 17, 2020 - 10:18