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A fond le sport en Amérique latine

Copyrights: david aboutboul - Flickr

A fond le sport en Amérique latine

Si le sport rythme la vie quotidienne et médiatique de la région, il est aussi préconisé comme vecteur de développement par de grandes institutions comme l’ONU. Le sport peut-il permettre de résoudre certaines problématiques spécifiques aux pays latino-américains ? Voici la principale question qui marquera cette réflexion. Mais avant tout, retour sur les différentes facettes du sport au Nouveau Monde.

Aux origines

Importé en AL au milieu du XIXème siècle, le sport moderne est aujourd’hui omniprésent dans les sociétés latino-américaines. Le sport représente avant tout une construction identitaire déclinée à toutes les échelles : locales, nationales, continentales ; parfois exprimée dans la violence voir jusqu’au fanatisme comme en atteste le phénomène des barras bravas1.

Au sein de sociétés profondément inégalitaires, le sport fait office d’ascenseur social. L’apparition de figures héroïques modernes, amplement relayée par les mass médias, a entretenu l’idée que seul le mérite garanti le succès. Cette mythologie d’une success story uniquement accessible à travers le sport a durablement imprégné l’imaginaire collectif. L’Argentine a par exemple reconnu le « maradonisme » comme étant une religion à part entière.

Le sport est aussi étroitement lié avec la politique. Durant la 2nd moitié du XXème siècle, l’ensemble du continent a connu une vague dictatoriale de grande ampleur. Comme dans beaucoup de régimes autoritaires, le sport a été utilisé comme un outil de propagande. Qu’il s’agisse de la mise sous tutelle étatique des institutions sportives (Argentine) ou bien de rejeter le sport professionnel et sa dimension capitaliste tout en faisant de la pratique sportive l’une des bases du mode d’organisation socialiste (Cuba) ; l’instrumentalisation du sport a permis à la fois de contenir les mouvements sociaux et d’utiliser le « sport spectacle » comme une arme diplomatique.

Le sport comme outil de développement social

En Amérique Latine, les organisations issues de la société civile (associations communautaires, ONG…) ont été les premières à considérer le sport comme un instrument de développement et de cohésion sociale. Dès les années 1990, plusieurs initiatives ont été mises en place – en particulier au Brésil et en Colombie – pour résoudre des problématiques liées à la violence urbaine et à la délinquance juvénile.

La communauté internationale et les gouvernements nationaux ont ensuite pris conscience du potentiel du sport pour le développement et en ont démocratisé l’usage. Enfin, plus récemment, le secteur privé s’est rallié à la cause, essentiellement à travers des activités relevant de la Responsabilité sociale des entreprises (RSE). Le sport et développement mobilise donc l’ensemble des acteurs des sociétés latino-américaines et pourrait permettre de résoudre les problématiques sociales spécifiques à la région. 

Les enjeux du développement en Amérique latine

L’Amérique latine est d’abord caractérisée par des inégalités considérables en termes socioéconomiques. A titre d’exemple, le Mexique qui est la 15ème économie mondiale et la 2nd d’Amérique latine possédait un taux de pauvreté de 53% en 2014. L’accès aux infrastructures sociales de base est lui aussi totalement inégalitaire et relève tant de facteurs socioéconomiques que géographiques (dichotomie urbain/rural).

Par ailleurs, la région souffre d’une violence endémique. En 2015, sur les 50 villes les plus dangereuses au monde, 41 se trouvaient en Amérique latine2. Enfin, l’héritage dictatorial, les conflits internes, le narcotrafic, ainsi que le déséquilibre causé par des déplacements massifs de population (déplacés, réfugiés, exode rural, émigration) engendrent des sociétés explosives où le sport pour le développement a sans aucun doute un rôle à jouer.

1 Les Barras bravas sont des groupes organisés de supporters de football caractérisés par leur violence. Ces groupes sont proches du mouvement ultra européen.

2 Etude réalisée par le Conseil citoyen pour la sécurité publique et la justice pénale (CCSPJP), une ONG mexicaine, et basée sur les données des administrations quant au nombre d’homicides pour 100 000 habitants.

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Published

Thursday, March 23, 2017 - 16:22