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« Géorugbystique » : trois questions à Antoine Duval

Copyrights: Edgar Pimenta on Unsplash

« Géorugbystique » : trois questions à Antoine Duval

À l’occasion de la parution de son ouvrage « Géorugbystique » aux éditions Sydney Laurent, Antoine Duval, étudiant à HEC passionné de Rugby et de Géopolitique répond aux questions du Directeur de l'IRIS, Pascal Boniface.

Le rugby est-il passé d’un sport de ségrégation à un sport de contestation ?

Le rugby a vu le jour comme sport de ségrégation. Réservé à une élite anglaise, il y a une réelle volonté de ne pas élargir sa pratique, d’en faire un sport commun à une certaine classe sociale, un sport qui partage ses valeurs et les magnifie. Les premiers entraînements ont ainsi lieu le matin en semaine afin que seuls ceux qui ont le loisir de ne pas travailler puissent s’y rendre. Parallèlement, dans les nombreuses colonies britanniques, la pratique du rugby est longtemps réservée aux colons.

Mais très vite, ceux qui avaient la main sur le rugby se voient dépassés et le rugby se transforme en outil de contestation. D’une part, il s’agit d’un sport qui colle au goût de la culture physique et de l’affrontement que l’on retrouve beaucoup chez les classes populaires britanniques. Les mineurs gallois et écossais s’approprient le sport afin de s’opposer dans les règles et de manière symbolique avec la haute bourgeoisie du pays et surtout les Anglais dominateurs. D’autre part, on retrouve la même synergie chez les peuples colonisés qui y voient un moyen de s’opposer sur un pied d’égalité avec le colon.

Le rugby a cet avantage de permettre une certaine violence symbolique pendant quatre-vingts minutes avant de rapprocher les joueurs dans une troisième mi-temps souvent bien plus disputée que les deux premières. Cette dimension contestataire du rugby se retrouve aussi à l’échelle internationale où des pays qui ne sont pas terre de rugby comme le Japon viennent aujourd’hui concurrencer des nations qui ont toujours régné sur le rugby comme l’Angleterre.

Au-delà d’une transition de sport de ségrégation à sport de contestation, le rugby est devenu depuis peu un sport de cohésion.

L’utilisation du rugby à des fins de développement permet d’inciter l’entraide au niveau local, national mais aussi international. Les grandes nations du rugby se sentent impliquées dans leur mission d’aide au développement grâce aux valeurs que véhicule ce sport et à l’instar du football avant lui, le rugby essaie de rapprocher les individus et d’être un outil éducatif pour la jeunesse. À voir si cette tendance va se généraliser.

Selon vous, l’IRB, International Rugby Board, est plus regardant que la FIFA sur les tentatives des pays organisateurs de la Coupe du monde de se mettre en avant aux yeux du monde. Pourquoi ?

Contrairement aux Coupes du monde de football, les Coupes du monde de rugby ont souvent été attribuées à plusieurs pays. On sait à quel point les pays peuvent utiliser les grands événements sportifs au service de leur soft power comme l’a fait la Russie avec le mondial de football de 2018. Au rugby, le partenariat entre pays organisateurs a donc longtemps été privilégié pour éviter toute utilisation politique du rugby. En 1987 par exemple, la première édition est organisée conjointement par la Nouvelle-Zélande et l’Australie. À l’exception de la Coupe du monde 1995 qui fut on ne peut plus utilisée par le gouvernement Sud-africain, ce n’est qu’à partir des années 2010 que le Mondial est attribué à des nations seules. Nouvelle-Zélande, Angleterre, Japon et France se succèdent mais la vérité est que World Rugby ne cherche pas à mettre en avant des pays grâce au Mondial mais bien des régions rugbystiques qu’elles soient traditionnelles (Océanie et Europe occidentale) ou émergentes (Asie de l’est).

 

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News

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Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

Published

Wednesday, October 2, 2019 - 12:52