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Jouer pour se souvenir

Jouer pour se souvenir

Mercredi prochain aura lieu la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. En marge de cet événement, sportanddev.org s’intéresse à la place du sport face aux génocides. 

De nombreuses régions du monde ont connu des génocides ou des nettoyages ethniques au cours de leur histoire. Ces atrocités restent gravées dans la mémoire des peuples. Le 27 janvier sera dédié à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Cette journée verra se succéder de multiples hommages, individuels et collectifs, à ceux qui ont perdu la vie dans les camps de concentration nazis. Certaines commémorations auront une dimension sportive, nous rappelant le rôle ambivalent joué par le sport pendant et au-delà de cette tragédie humaine. Dans le cas de l’Holocauste (ou d’autres génocides), le sport a en effet eu différentes fonctions : à la fois instrument d’exclusion sociale, échappatoire face à des réalités horribles, outil de cohésion entre des communautés transnationales ou encore composante importante du rituel de commémoration.

Nous parlons souvent du sport comme un vecteur d’unité, mais c’est oublié qu’il est parfois utilisé comme un puissant outil d’exclusion. Ainsi, l’un des premiers signes visibles de l’évolution du statut des Juifs et d’autres minorités sous le Troisième Reich a été l’interdiction qui les a frappés de participer à des compétions sportives. Ceci est devenu évident aux Jeux olympiques de 1936 en Allemagne, où l’absence de certains des meilleurs athlètes allemands ne pouvait passer inaperçu. Cette situation renforçait la nouvelle position de la population juive en Allemagne, mais envoyait aussi un signal au reste des Allemands les enjoignant de considérer les Juifs comme inférieurs et étrangers à leur société. Cibler les athlètes, cela a également été vu avec les Khmers rouges au Cambodge. Ceux-ci ont emprisonné des sportifs dans des camps de travail ou les ont exécutés en raison de leur statut d’élite.

Mais la stigmatisation de communautés n’est qu'une facette du sport. Pendant la guerre de Bosnie, le football a par exemple constitué une échappatoire au conflit pour de nombreux jeunes garçons, comme Edin Dzeko, joueur de Manchester City. De plus, il a permis d’attirer l’attention de l’opinion publique sur la guerre. L’exemple du FC Sarajevo est emblématique. En raison du conflit, il est devenu une équipe itinérante, jouant 54 matchs dans le monde entier, à l’occasion desquels les joueurs ont pu apporter au monde leurs points de vue sur la guerre. Dans d’autres cas, le sport a sauvé des vies. Ainsi, le footballeur d’origine tutsie Éric Murangwa a été épargné par un soldat hutu, car ce dernier était fan de son équipe de football.

Le sport est encore utilisé pendant et après les génocides comme un outil au service de la cohésion entre des communautés transnationales, à travers la construction de valeurs identitaires. Par exemple, à la suite de l'Holocauste, le mouvement Maccabi a utilisé le sport pour susciter un rapprochement entre les populations juives.

Enfin, le sport joue souvent un rôle dans les commémorations. Il est fréquent que des athlètes professionnels parlent de l'Holocauste le 27 Janvier ou dédient leurs performances à ceux décédés. Mais l’inverse est aussi vrai : certains sportifs s’abstiennent de participer à des compétitions, surtout en Israël, où l’on désapprouve les divertissements le jour de la mémoire des victimes de l’Holocauste.

Les diverses façons dont le sport a été utilisé par les régimes, les organisations et les individus au cours des temps de crise nous rappelle donc non seulement le pouvoir du sport, mais aussi à quel point des facteurs socio-politiques influencent sa fonction et sa signification.

[Cet article a été édité et traduit par l’Équipe Opérationnelle.]
 

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News

Author

Leena Woodhouse-Ledermann

Published

Thursday, January 21, 2016 - 23:00