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Journée mondiale des réfugiés 2020 : focus sur Fútbol Más

Copyrights: Fútbol Más

Journée mondiale des réfugiés 2020 : focus sur Fútbol Más

A l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés 2020, sportanddev souligne le travail de l'organisation Fútbol Más en faveur des populations déplacées, dans un contexte particulier dû à la pandémie de COVID-19.

Chaque année, nous marquons la Journée mondiale des réfugiés le 20 juin. Cette journée permet de célébrer la force et le courage des personnes qui ont été forcées de fuir et représente une occasion de susciter empathie et compréhension quant à leur situation et leur résilience. A l’heure actuelle, les populations déplacées sont particulièrement vulnérables. Il a été communément admis que le sport a un impact positif dans la vie des populations déplacées et certaines organisations ont joué un rôle crucial dans le mouvement autour du sport et des réfugiés. Cette année, nous voulons donc reconnaitre les efforts des organisations travaillant avec les réfugiés, ainsi que souligner la manière dont la pandémie a affecté la vie des personnes déplacées.

Afin de célébrer cette Journée mondiale des réfugiés, sportanddev s’est adressé à plusieurs organisations dans le monde entier qui travaillent avec et pour les réfugiés. Cet article est consacré à l’organisation Fútbol Más, créée en 2008 à Santiago du Chili, avec la vision que le sport pouvait être un moyen de changer la société.

Au fil des ans, Fútbol Más a développé des programmes de sport au service du développement pour les populations vulnérables, ainsi que sa propre méthodologie en introduisant des méthodes innovantes de la pratique sportive et d'apprentissage sur et en dehors du terrain, avec une approche communautaire. Aujourd’hui, l’organisation est présente Amérique latine, en Afrique et en Europe. En France, Fútbol Más travaille depuis 2018 avec des réfugiés et des demandeurs d’asile vivant dans des centres d'hébergement d'urgence en Île de France et avec des familles vivant dans des quartiers prioritaires de la ville.

Comment utilisez-vous le sport dans votre travail avec les réfugiés ? Quels sont les objectifs ?

Depuis 2017, Fútbol Más a travaillé dans différentes parties du monde sur la situation des personnes déplacées et réfugiées. Ainsi, en coopération avec différentes organisations internationales (UNICEF, HCR, OIM, etc.), des interventions ont été développées au Mexique, au Pérou, au Kenya et en France.

Dans ce contexte, Fútbol Más France mène depuis 2018 un programme socio-sportif intitulé « Programme d'éducation et d'intégration par le sport dans des centres d'hébergement d'urgence pour migrants à Paris ». A cet effet, nous nous sommes insérés au cœur des structures d’accueil, en mettant en œuvre un programme sportif axé sur trois objectifs :

  1. Établir le sport comme un espace protégé : le programme cherche à garantir la liberté de jouer et d'exprimer l'opinion des participants sans aucune forme de discrimination, en favorisant l'inclusion et le respect des personnes d'horizons, d'origines, de religions, de sexe, d'orientations sexuelles ou d'opinions différentes.
  2. Contribuer à l'amélioration du bien-être des résidents des structures d’accueil : les activités visent à améliorer l'accès à une pratique sportive hebdomadaire, ainsi qu'à sensibiliser aux bonnes pratiques pour une meilleure santé physique et mentale.
  3. Promouvoir un meilleur vivre-ensemble au sein des structures d’accueil : le contenu pédagogique du programme se concentre sur le travail de trois compétences socio-émotionnelles : la confiance, l'empathie et le travail d'équipe. Le travail sur ses compétences socio-émotionnelles cherche à générer des processus d'apprentissage qui facilitent la résolution assertive des conflits, l’élimination des barrières culturelles et la promotion du respect de la diversité parmi les participants.

Aussi, à partir de 2019, nous avons développé en partenariat avec le Pôle Insertion Demain d'Emmaüs Solidarité, un programme de promotion des compétences et outils sociaux et professionnels des jeunes réfugiés intitulé « Accompagnement global pour une intégration réussie (AGIR) ». Ce programme reçoit chaque année 40 participants bénéficiant d'une protection internationale, que nous accompagnons pendant 8 mois par une formation linguistique, la création d'un projet professionnel, le renforcement des compétences socio-émotionnelles et la promotion des rencontres des acteurs économiques.

Comment la pandémie de COVID-19 a affecté votre travail ?

La pandémie a généré un point d'interrogation important quant à la continuité et au développement de l'association car au début de celle-ci, toutes nos activités ont été interrompues et certains projets qui devaient être lancés ont été mis en attente. Ce scénario a donné naissance à notre propre processus de résilience qui nous a amenés à remettre en question notre façon de travailler et notre relation avec les différents publics avec lesquels nous travaillons, mettant au défi nos propres capacités en tant qu'association à s'adapter au contexte et à se réinventer.

Nous avons essayé de voir ce contexte comme une opportunité de réfléchir à notre travail, en développant de nouvelles activités et de nouveaux liens avec nos participants. En réponse à la pandémie, à la suspension de toute activité collective et aux politiques de quarantaine, nous avons développé un programme appelée « Ma maison mon terrain ». Ce programme vise à promouvoir une routine quotidienne saine pour nos participants, à faciliter des stratégies d’auto-soins et d'hygiène personnelle en relation avec le COVID-19, à promouvoir le mouvement et l'activité dans des espaces réduits et à promouvoir des espaces de coexistence familiale saine, dans le cadre de la résilience familiale.

Pour eux, nous avons réinventé nos activités sportives, en élaborant un plan d'action numérique avec des graphiques informatifs, des capsules audiovisuelles et un streaming en direct que nous mettons à disposition des participants avec lesquelles nous travaillons en fonction de leur accès aux plateformes numériques ou à d'autres médias. Aujourd'hui, ce programme est mis en place dans les différents pays où Fútbol Más intervient, en s'adaptant aux réalités locales et en travaillant étroitement avec d'autres organisations pour approfondir et multiplier son impact.

Actuellement, en France, nous avons également adapté nos programmes qui avaient été mis sur pause au début de la pandémie, en y intégrant les gestes barrière, les mesures sanitaires, les protocoles de prévention et en adaptant le contenu pédagogique, pour les mettre en œuvre en juillet, si les conditions le permettent.

Quel sera l'effet de la pandémie sur le travail avec les réfugiés ?

La pandémie a été un signal d'alarme général pour notre mode de vie, nos relations et notre réflexion sur le développement que nous souhaitons en tant qu'humanité. Sans aucun doute, cette crise a eu un impact plus important sur certains groupes spécifiques de notre société, qui ont été rendus invisibles face à l'urgence mondiale. C’est le cas des réfugiés.

L'urgence sanitaire met en place un scénario dans lequel les efforts sont concentrés sur l'accès à la santé et aux services basiques des populations réfugiées. L'enjeu est de montrer la contribution du sport dans la réponse à cette crise, en tant qu’outil pour promouvoir la santé et le bien-être physique et mental, mais aussi en termes de prévention et réponse collective de la crise.

C'est pourquoi l'impact sur notre travail est profond, car nous devons développer à nouveau les liens de confiance avec nos participants et nous interroger sur la manière dont nous cherchons à avoir un impact et sur quoi doit porter cet impact. Nous devons créer de nouvelles actions et de nouveaux contenus pertinents et adaptés au contexte actuel.

Il faut aussi prendre en compte les mesures, protocoles et matériels sanitaires qui augmentent les coûts de mise en œuvre des programmes, ce qui peut souvent rendre très difficile la réalisation de programmes qui ont généralement des ressources limitées.

Que signifie la Journée mondiale des réfugiés pour vous ?

C'est la journée de l'année où nous approchons et où nous sensibilisons de nombreuses personnes qui, peut-être dans l'année, ne s'interrogent pas sur la question des réfugiés, même si beaucoup d'entre elles peuvent avoir un lien avec cette thématique, soit dans leur mémoire familiale, soit à travers un quelconque voyage quotidien. Cela rend visible un thème souvent oublié ou fortement idéalisé.

Cette journée permet de rappeler la valeur du travail que nous menons tout au long de l’année, et une occasion de l’améliorer.

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Published

Saturday, June 20, 2020 - 10:12