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La difficile trajectoire du sport yéménite, entre succès et déboires humains

Copyrights: Flickr Creative Commons : Honza Pernica

La difficile trajectoire du sport yéménite, entre succès et déboires humains

Au Yémen, pays fracturé par des années de conflits, le sport est révélateur des dynamiques sociales internes. Le football est même l’un des rares ferments d’unité nationale.

La ville de Say’oun, en plein cœur des terres de l’Hadramaout, la région orientale du Yémen, donne l’impression que la guerre a cessé le temps de quelques jours. En ce mois de janvier 2020, la Fédération de football yéménite organise une compétition : al-Batoulat al-Tanchîtîya – « le championnat de reprise ». Il s’agit d’un tournoi sportif réunissant 35 000 spectateurs venus de l’ensemble des gouvernorats d’un pays divisé, pour soutenir leur club de cœur ou simplement pour profiter de la reprise d’un championnat sportif à l’arrêt depuis l’année 2014.

Au travers de cette manifestation, c’est le symbole d’une vie qui essaye de reprendre le dessus sur un conflit armé ancré dans le temps. La guerre, qui déchire le Yémen depuis 2014, s’inscrit dans un contexte local marqué par des tensions politiques et armées polyscalaires et multiformes. L’accumulation des crises que connaît cet État depuis sa réunification — et ce, – malgré l’essor en 2011 de mouvements révolutionnaires conduits par une jeunesse urbaine éduquée – n’a pas trouvé d’issue politique favorable. Et le pays s’est enlisé dans la guerre.

Des installations sportives cibles de la guerre

Dès 2015, les infrastructures sportives perçues comme de potentielles installations à visée militaire ont été prises pour cibles par les belligérants. Aujourd’hui, d’après des sources gouvernementales et des acteurs de la scène sportive yéménite, entre 70 % et 80 % des infrastructures sportives du Yémen sont détruites ou rendues difficiles d’usage. Ces destructions touchent essentiellement les régions sous domination – ou ayant été pendant un temps sous contrôle – des forces houthistes. Originaire du nord du pays, plus précisément de la région de Sa’dah, cette milice endosse le rôle de protecteur de l’identité politique, culturelle et religieuse du zaydisme, une branche issue du chiisme, un des trois grands courants de l’islam.

De nombreux complexes sportifs et les principaux stades de Sanaa, d’Aden, d’al-Hodaydah et de Ta’ez sont aujourd’hui en ruine. Jamais tombée aux mains des milices houthistes et considérée comme marginale dans le conflit, la ville de Say’oun a quant à elle été épargnée par la guerre. De ce fait, cette cité reste facile d’accès pour les citoyens en provenance des différentes régions du pays. Dans cette configuration géopolitique, Say’oun a été choisie par les fédérations sportives nationales désireuses d’orchestrer la relance d’une pratique sportive nationale à l’arrêt : depuis 2019, la cité accueille ainsi les championnats sportifs nationaux de plusieurs disciplines.

Le football, passion nationale au Yémen

Dans un pays caractérisé par sa jeunesse démographique – l’âge médian de sa population, en 2020, est estimé à 20 ans –, le sport est une pratique populaire. Comme dans l’ensemble des sociétés du Moyen-Orient, le football y est roi. Soumis à l’influence britannique à la fin du xixe siècle, le port d’Aden a été l’une des portes d’entrée du football dans le pays et a même joué un rôle dans la diffusion de ce sport dans l’ensemble de la péninsule arabique. Né à Aden, Ali Mohsen al-Muraisi, qui donne son nom au stade principal de Sanaa (en partie détruit), demeure la star légendaire du football yéménite. Ce joueur a construit sa gloire, dans les années 1960, avec le club égyptien de Zamalek.

D’autres sports comme le basket, le handball, le volley-ball ou la boxe trouvent également leur place au sein de la société locale. Mais leur pratique est très inégale. La géographie montagneuse du pays, qui s’ajoute au maintien d’une ruralité importante, a constitué un frein important à la diffusion de l’ensemble de ces pratiques au sein de la société yéménite. 

Pratiquer un sport ou la résistance sur un terrain fragmenté

Dès 2015, les championnats sportifs officiels ont été annulés sur l’ensemble du territoire. Pourtant, derrière l’apparence d’une activité sportive disparue – et au-delà de l’intensité, de l’âpreté et de l’horreur de ce conflit armé qui déchire le pays –, la pratique sportive subsiste en son sein. Pendant les périodes d’accalmie, elle reprend vie de manière informelle ou autour des restes d’infrastructures de clubs toujours en place.

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Raphaël Le Magoariec, Chercheur au sein de l’Équipe Monde arabe et Méditerranée (EMAM) de l’université de Tours, pour ID4D

Published

Tuesday, March 2, 2021 - 11:02