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La laborieuse ascension du sport au féminin

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La laborieuse ascension du sport au féminin

Le sport féminin est-il en danger ? Malgré les efforts faits depuis une trentaine d’années pour plus d’égalité en matière de pratique sportive, la situation n’évolue que doucement. La pandémie de Covid-19 n’a pas arrangé les choses. Ce serait même tout le contraire. Décryptage avec Carole Gomez, directrice de recherche en géopolitique du sport à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et autrice d’un rapport intitulé : « Sport mondialisé : les défis de la gouvernance ».

ÀBLOCK! : Dans votre rapport « Sport mondialisé : les défis de la gouvernance », vous expliquez que, pendant de longues années, la féminisation du sport a été une question volontairement laissée de côté par les instances gouvernantes. La pratique sportive féminine date des années 1920, qu’est-ce qui explique que cette question n’ait pas été davantage considérée avant ?

Carole Gomez : Le sport féminin se développe à partir des années 1920, mais il y a un certain nombre d’interdictions faites aux femmes, celles de jouer, d’arbitrer, de diriger. Le sport au féminin a été laissé sous cloche pendant une soixantaine d’années. Ce n’était qu’une anomalie sympathique. Le sport ne s’entendait que quand il était masculin.

Il y a néanmoins un tournant qui s’opère dans les années 90. À quoi est-il dû ?

On comprend enfin, à partir des années 90, que les choses sont politiques. Par la suite, il a fallu refaire son trou. Tout ne s’est pas fait de but en blanc. Il a fallu procéder par à-coups avec des chartes, des conventions, des résolutions… Le programme d’action de Pékin, par exemple, va fixer des objectifs et des actions très clairs sur le développement de la place de la femme au sein de la société.

Il y a aussi eu la création d’un certain nombre de compétitions comme la Coupe du monde féminine de football ou celle de rugby. Des efforts ont également été faits au niveau du CIO avec la levée d’interdictions. La dernière en date remonte à 2012 avec l’introduction de la boxe féminine aux Jeux Olympiques.

Vous diriez qu’elle ressemblait à quoi la pratique sportive féminine avant les années 90 ? Quels étaient les principaux freins à son développement ?

Les infrastructures. Je prends l’exemple du football. Personnellement, j’en ai fait dans le club de ma ville. Si j’avais continué de manière plus soutenue, mes parents auraient dû faire des dizaines de kilomètres pour me conduire dans un club plus important parce que, passé 12-13 ans, mon club d’origine n’était plus en capacité de pouvoir m’accueillir. Pour les garçons, la question ne se posait pas. Ce n’est pas seulement une question d’interdictions, mais davantage une question d’accès à la pratique, mais bien une question d’infrastructures.

Cette problématique a ceci de particulier qu’elle est mondiale. Existe-t-il néanmoins des pays qui ont eu une démarche plus progressiste que les autres dans ce domaine ?

Aux États-Unis, il y a eu le « Title IX ». Ça a été l’élément déclencheur qui a permis le développement de la pratique féminine, et notamment du football, au sein des universités. C’est grâce à cela que les résultats des footballeuses américaines sont aussi bons aujourd’hui, à l’échelle nationale comme internationale.

On peut également penser à l’Angleterre qui a fait un pari sur un certain nombre de compétitions avec la volonté de les développer. C’est le cas, notamment, du football et de rugby. Des investissements importants ont été réalisés et il y a une vraie stratégie d’attraction des joueuses les plus capées. En France, nous sommes encore, je crois, à un stade un peu en-dessous. On considère que ce qui est fait est déjà extrêmement bien, extrêmement positif et on ne va pas forcément chercher à aller un peu plus loin.

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Sophie Danger pour ÀBLOCK!

Published

Wednesday, May 26, 2021 - 13:16