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Le coup manqué de Djokovic

Copyrights: Ivan Andreevich, CC BY 3.0

Le coup manqué de Djokovic

L'expulsion de Novak Djokovic d'Australie, pour des raisons de santé publique, met en lumière l'hésitation vaccinale chez les sportifs et le rôle des athlètes en tant qu'influenceurs.

Le champion en titre de l'Open d'Australie, Novak Djokovic, a annoncé le 4 janvier sur sa page Instagram qu'il se rendait à Melbourne avec une « autorisation d'exemption » pour participer à la compétition de tennis. La décision de l'exempter de la vaccination contre le COVID-19 a suscité un tourbillon médiatique.

Après avoir été détenu pendant quelques jours dans un hôtel pour réfugiés, demandeurs d'asile et autres immigrants sans papiers, et à la suite d'une bataille judiciaire, Djokovic a ensuite été expulsé en début de semaine dernière et interdit d'entrée en Australie pendant trois ans.

L'hésitation vaccinale chez les sportifs

Djokovic n'est pas le seul sportif à ne pas vouloir se faire vacciner contre le COVID-19. De nombreux footballeurs ont déclaré que se faire vacciner ou non relevait d’un choix personnel qui ne devrait pas interférer avec leur travail. Ceux qui ont choisi de ne pas le faire ont invoqué de potentiels effets secondaires (EN), y compris sur leur système cardiovasculaire, même si ces mythes ont été largement réfutés (EN). Afin d'augmenter le taux de vaccination parmi les footballeurs, la Premier League a envisagé l'an dernier de mettre en place un mécanisme de récompense (EN) pour les clubs affichant un taux de vaccination élevé.

Le problème ne concerne pas seulement les footballeurs. Forbes (EN) a constaté que 13 des 50 athlètes les mieux payés au monde refusent de révéler s'ils ont été vaccinés, sous-entendant ainsi une certaine hésitation. Dans un article de la BBC (EN), le psychologue du sport Darren Britton note que « le corps des athlètes est leur plus grand bien ». Il est donc d'autant plus important qu'ils ne compromettent pas leur santé.

Les athlètes comme modèles

Pour autant, les athlètes sont des modèles. Djokovic et quelques autres athlètes ont exprimé haut et fort leur opposition à la vaccination contre le COVID-19, ce qui a probablement influencé de nombreuses personnes dans leur décision de ne pas se faire vacciner et alimenté les théories conspirationnistes. Djokovic est devenu une tête d’affiche pour les groupes et les personnes anti-vaccins (EN). Son histoire a été largement partagée sur les groupes Facebook anti-vaccins.

En cette période de pandémie mondiale, alors que le monde subi un si grand bouleversement, il en va de la responsabilité de chacun de s'unir pour lutter contre ce fléau, de quelque manière que ce soit. Les athlètes devraient utiliser leur plateforme pour garantir qu'ils ne diffusent pas de fausses informations et qu'ils influencent les autres de manière positive, afin que ces derniers prennent des décisions éclairées.

Une campagne en faveur de l’équité vaccinale

Alors que l'affaire Djokovic se dénouait en Australie, les athlètes olympiques et paralympiques se sont réunis pour demander aux dirigeants et aux décideurs mondiaux de garantir un accès libre et équitable aux vaccins contre le COVID-19 dans le monde entier. Si plus de 60 % de la population mondiale a reçu au moins une dose, il existe de fortes disparités (EN). Les pays du Sud sont déjà très en retard sur les pays du Nord, et l'écart se creuse aujourd'hui du fait de la nécessité de procéder à des rappels en raison des nouveaux variants du COVID-19.

Ainsi, la campagne pour l'équité vaccinale menée par le Comité international olympique (CIO), survient à un moment crucial. Dans une vidéo publiée par le CIO, plus de 20 olympiens et paralympiens soulignent la manière dont ils peuvent, en tant qu'athlètes, amener le monde à faire front commun contre le COVID-19. Parmi ces athlètes figurent les championnes olympiques Federica Pellegrini (natation, Italie) et Seung-min Ryu (EN) (tennis de table, Corée du Sud), le triple médaillé olympique Pau Gasol (basketball, Espagne), la double médaillée olympique Maja Martyna Włoszczowska (EN) (cyclisme, Pologne) et Humphrey Kayange (EN) (rugby, Kenya).

​​​​​​Dans la vidéo, les athlètes déclarent : « On nous a donné une voie à suivre avec un vaccin sûr et efficace qui peut aider à sauver des vies précieuses et à protéger nos amis (...) et nos familles. Nous appelons donc les gouvernements, les fondations, les philanthropes, les organisations de santé et les entreprises sociales à se donner la main pour offrir un accès gratuit et égal au vaccin pour tous à travers le monde afin d'assumer notre responsabilité collective de protéger ceux qui sont les plus vulnérables, parce que tout le monde sur cette planète a le droit de vivre une vie saine. Nous sommes plus forts ensemble lorsque nous sommes solidaires et que nous prenons soin les uns des autres ».

Cette campagne met en lumière le rôle important que jouent les athlètes en tant qu'influenceurs. Ils peuvent non seulement influencer les décisions des personnes, mais également utiliser leur voix pour influencer les décideurs politiques et d'autres acteurs puissants. Beaucoup plus d'athlètes devraient s'inspirer de ces olympiens et paralympiens et comprendre leur responsabilité civique en luttant pour un changement positif lors d'une pandémie mondiale.

Quel avenir pour Djokovic ?

Djokovic ne participant pas à l'Open d'Australie cette année, son rêve de battre le record du champion masculin ayant le plus de titres du Grand Chelem à son actif a été ajourné. Il est actuellement à égalité avec Roger Federer et Rafael Nadal, tous trois ayant 20 titres du Grand Chelem à leur actif. Le gouvernement français a décidé que tous les athlètes devront être vaccinés (EN) pour participer à des événements sportifs dans le pays. Si Djokovic veut défendre son titre à Roland-Garros en mai, il devra se faire vacciner*.

Si la détention de Djokovic dans le tristement célèbre hôtel de rétention de Melbourne, le Park Hotel, a fait couler beaucoup d'encre, les médias ont moins parlé du sort des autres retenus, réfugiés et demandeurs d'asile dont la vie entière a été suspendue dans l'attente d'une décision du gouvernement australien. Si certains se trouvent à l'hôtel de Melbourne, beaucoup d'autres ne sont même pas autorisés à fouler le sol australien et languissent dans des camps à l'extérieur de l'île, à Nauru et dans d'autres pays voisins.

Mehdi Ali, un réfugié qui a passé neuf ans en détention, a déclaré (EN) : « C’est décevant : tout le monde me demande des nouvelles de Novak, à quoi ressemble l'hôtel pour lui. Mais ils ne posent pas de questions à notre sujet, nous avons été enfermés dans cet endroit pendant des mois, des années. » Si cette saga est capable d'apporter un peu de justice aux réfugiés comme Ali, alors peut-être y aura-t-il une grâce salvatrice pour Djokovic, qui s’efforce désormais de contrôler les dégâts (EN).

Quel est votre point de vue sur la question ? Djokovic a-t-il été traité injustement ou devrait-il être un meilleur modèle ? Envoyez-nous vos réflexions sous forme d'article (e-mail : sportanddev.french@sa4d.org) ou laissez vos commentaires ci-dessous (note : vous devez vous connecter pour poster un commentaire). 

*Depuis la publication, le gouvernement français a précisé que les athlètes pourraient être exemptés (EN) de la vaccination s'ils ont été testés positifs au COVID-19 au cours des six derniers mois.

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Article type

News

Author

Tariqa Tandon et Ishit Kochhar

Published

Sunday, January 23, 2022 - 16:04