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Le football des talus ouvre son cœur aux réfugiés

Copyrights: Laurent Guiraud - La Tribune de Genève

Le football des talus ouvre son cœur aux réfugiés

Grâce à UGS, qui l’a accueillie sous ses couleurs, l’équipe soutenue par l’association 3ChêneAccueil s’est lancée en 5e ligue.

Dimanche matin, ciel chagrin, un temps à rester sous la couette. Comme la plupart de ses coéquipiers, Shiyar s’est pourtant levé aux aurores. Nuit agitée, impossible de trouver le sommeil. Pour le capitaine d’UGS-3ChêneAccueil, le match qui les attend n’est pas une rencontre ordinaire. C’est un ballon d’oxygène, un grand pont vers la lumière, le coup d’envoi d’une belle aventure humaine. « On est un peu nerveux, c’est un grand jour pour nous », glisse le Kurde à l’issue de l’échauffement.

Pour ces réfugiés partis de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan en laissant tout derrière eux, le football est un terrain de reconstruction. Crampons aux pieds, l’énergie qu’ils déploient raconte la force qu’ils ont dépensée pour fuir l’horreur et chercher l’espoir. Ce n’est peut-être qu’un match de 5e ligue, joué devant trois pelés et deux tondus, mais le but que visent ces footballeurs venus d’ailleurs vaut bien plus que trois points. Il y est question de dignité. Shiyar le répète:

Le sport est un formidable moyen d’intégration. Il rassemble, son langage est universel. »

Sur le synthétique de Belle-Idée, le soleil a dribblé les nuages. Le stade porte bien son nom. Il évoque la rencontre entre une association d’entraide et un club sportif, deux acteurs locaux épris de cohésion sociale. Et il magnifie l’initiative qu’ils ont prise en commun: permettre à des migrants de sortir de leur isolement, de leur anonymat. « Les intégrer dans un club, un championnat officiel, c’est leur donner une légitimité », confie Marine Pernet. La présidente de 3ChêneAccueil est radieuse. Voilà trois ans qu’elle et son équipe de bénévoles œuvrent en faveur du rapprochement entre réfugiés et habitants. Autour d’une table, sur une piste de luge ou dans une famille d’accueil. Ainsi, ils contribuent à une meilleure compréhension mutuelle.

Au-delà de la défaite

Le match contre Collex-Bossy 3 a démarré, plein d’ardeur et de maladresse. Sur son aile droite, Shiyar montre l’exemple. C’est un battant. L’ancien étudiant en économie, enrôlé de force dans l’armée syrienne, a connu les chemins tortueux de l’exil. Il se raconte avec pudeur, préfère parler du bonheur d’être là. Ne se plaint pas d’avoir passé des mois sous terre, confiné dans un abri PC. Grâce à des mains secourables et à sa propre volonté, il revit. Lui aussi a rendu des services, dans une épicerie solidaire, à la buvette de Frontenex. Il vient de commencer un apprentissage de peintre en bâtiment. C’est lui qui a eu l’idée de monter une équipe de foot il y a deux ans, à Sous-Moulin. Jusque-là, ils n’avaient disputé que des matches amicaux. Aujourd’hui, ils sont plus de vingt joueurs, issus de huit pays. L’union fait la force, défait les différences. « Elle donne confiance, elle apaise les tensions. Entre nous, on essaie de parler français. Comme ça, la barrière de la langue fait moins peur », dit-il.

Sur le terrain de Belle-Idée, là où ils s’entraînent désormais deux fois par semaine, les nouveaux Violets se déchaînent. Dans les buts, le néophyte Maasom se démène. Étudiant en traduction, il remplace le titulaire qui travaille le dimanche au marché de Plainpalais. Gelan Ramadan a ouvert le score d’un maître tir, pour la plus grande joie de Loïck Levingston, l’un des deux Suisses du contingent, malheureusement blessé au dos. L’intégration se fait aussi dans l’autre sens !

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La Tribune de Genève

Published

Wednesday, September 18, 2019 - 09:09