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« Le sport a aussi ses Humanités »

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« Le sport a aussi ses Humanités »

André Leclercq, membre du Conseil économique, social et environnemental, discute de la place du sport dans l’enseignement civique et moral.

Ce texte est le résumé d'une intervention présentée le 13 novembre 2015 au colloque bisannuel du comité français Pierre de Coubertin.

"Le sport a aussi ses Humanités", c’est par cette citation de Jean Prévôt (Plaisir des sports, 1925) que s’ouvre Analyse du Sport publié par Bernard Jeu en 1987. Sans doute l’avait-elle inspiré pour créer, en 1976 au sein de l’Université de Lille 3, un centre de recherche qui analysait le sport de manière transdisciplinaire, dans le souci fondamental de le comprendre comme culture à part entière. Le sport est en effet une belle aventure qui se construit dans l’espace et dans le temps, il offre son large champ aux sciences humaines et sociales. Cette démarche a tout lieu d’inspirer l’école jusque dans son enseignement moral et civique.

On a déjà beaucoup discouru sur les valeurs du sport sans s’accorder, dès l’Antiquité. Les poètes antiques ont une conception émotionnelle et valorisante de la compétition sportive. Lorsque l’on passe de la pensée mythique à la pensée analytique, on s'interroge immédiatement sur les valeurs du sport : les philosophes introduisent la raison d’État en faisant du sport une valeur subordonnée.

Des siècles de littérature verront le débat se poursuivre. Certains affirment une vision pessimiste, d'autres expriment leur croyance optimiste, un troisième groupe enfin accorde au sport une valorisation conditionnelle. A la suite des philosophes antiques, Pierre de Coubertin assigne au sport une mission pédagogique et trois des huit principes fondamentaux de la Charte olympique sont d’ordre éthique. Ainsi, au sport média de culture générale, s’ajoute l’olympisme comme vecteur d’éducation fondé sur « la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels ».

La médiatisation exacerbe le débat. L’hypermédiatisation fragilise : les contre-valeurs sont autant illustrées que les valeurs. Les dérives du sport, quand elles sont dénoncées, mettent en évidence qu’elles vont à l’encontre de valeurs reconnues. Attention cependant à ne pas confondre la morale avec le moralisme qui n’en est que la caricature.

Allons chercher la vérité morale du sport dans la réalité du sport civil associatif à travers une démarche pragmatique. Albert Camus nous y invite : « Ce que finalement je sais de plus sûr sur la morale et les obligations des hommes, c’est au sport que je le dois ». Un regard attentif sur les valeurs vécues très concrètement dans les activités sportives permet de comprendre comment on entre spontanément dans le champ de la morale puisqu’elle relève, dans ces conditions, d’un assentiment interne.

On découvre ainsi les principes régulateurs de l’institution sportive. La compétition est avant tout une rencontre où la complicité entre adversaires oblige chacun à mettre sa confiance dans le mystère de l’autre. L’association sportive est l’expression d’une sociabilité fondée sur le principe de démocratie. L’universalité de la règle permet de partager une même humanité grâce à un langage commun constitué par les universelles lois du jeu. Le sport est une quête d’excellence dont l’objectif de performance ne peut s’exercer à n’importe quel prix.

Dans cette démarche pratique, on comprend aisément ce que nous a enseigné Bernard Jeu : « La vraie nature du sport, c’est-à-dire sa morale authentique, se situe dans le respect conjoint de la loi, des autres et de soi-même ». Le respect de la règle garantit l’égalité. Le respect des autres traduit le vivre ensemble en terme de fraternité. Le respect de soi consiste à faire bon usage de sa liberté. La morale du sport conduit aux valeurs de la République.

[Cet article a été édité par l'Équipe Opérationnelle.]

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André Leclercq

Published

Sunday, December 20, 2015 - 23:00