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Le sport en milieu carcéral : Un pari gagnant ? (1/2)

Author: letelegramme.fr

Le sport en milieu carcéral : Un pari gagnant ? (1/2)

Cet article est le deuxième de la série Sport et Conflits qui s'attache à montrer le sport comme moteur de réconciliation dans des situations conflictuelles ou post-conflictuelles.

En 2016, le nombre de personnes incarcérées en France a atteint le record de 69 375 pour un nombre de places disponibles limité à 58 000. Certaines prisons de région parisienne atteignent des taux d’occupation de 200%. De cette surpopulation carcérale émanent de nombreuses conséquences : manque ou absence totale de respect des droits fondamentaux (droit familiaux, au travail ou encore à la santé) et tensions entre les détenus et entre les détenus et l’administration pénitentiaire. Alors que faire pour améliorer ce quotidien difficile ? En dehors des discours classiques qui ne ciblent que les conditions de vie au sens matériel ou la formation, le sport est un outil encore trop peu exploité par les centres pénitentiaires mais qui peut faire la différence.

En la matière, la France ne fait pas figure de modèle. Bien qu’un protocole entre le Ministère de la Justice et le Ministère des Sports ait été signé en 2007 pour faire entrer la pratique du sport dans les prisons et mettre en place des dispositifs éducatifs pensés pour accompagner les détenus, beaucoup reste à faire. Seuls 300 moniteurs de sport proposent des activités sportives aux presque 70 000 personnes incarcérées, soit un professionnel pour plus de 233 individus. Les fédérations sportives ne sont pas davantage présentes, seules 17 sur une centaine de fédérations sont partenaires de centres pénitentiaires.

Pourtant, les bienfaits du sport dans le milieu carcéral sont certains. Sur le court terme, il permet d’améliorer sensiblement le quotidien des détenus (meilleur moral, baisse des tensions) et sur le long terme, les effets peuvent être d’autant plus significatifs. Il permet de palier, au moins en partie, les problèmes liés au manque d’éducation et de santé des détenus, qui sont non seulement pénalisants pour eux-mêmes mais aussi pour leur intégration en société. Enfin, le sport peut servir une forme de resocialisation pour permettre aux détenus d’intégrer certains codes de la société (respect envers autrui, respect des règles, acceptation de la défaite…) et les aider à se reconstruire personnellement (intégration d’un groupe, se former et atteindre un objectif…).

La longue marche vers l’instauration du sport en prison ne fait que commencer. De nombreux défis seront à relever. En première ligne celui de convaincre, en période d’austérité et au moment même où l’état sanitaire des centres pénitentiaires fait débat, qu’investir dans le sport peut être un pari gagnant sur le long terme. En dehors de ces espoirs, un point d’interrogation demeure concernant la capacité des prisons, en terme de place, à accueillir des équipements sportifs et le manque des connaissances des administrations. A cela s’ajoute le manque de clarté et de visibilité des formations qui mènent au métier de moniteur de sport au sein de prisons. Enfin, il s’agit aussi de ne pas oublier les 4% de femmes incarcérées et les seniors, dont la proportion grandit, afin de proposer des installations adaptées. Il est urgent d’ouvrir l’accès au sport au plus grand nombre sans discrimination pour qu’enfin le sport soit reconnu comme un droit humain, partout.
 

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Author

Charlotte Grégoire

Published

Sunday, August 21, 2016 - 23:00