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Le sport est-il inhumain?

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Le sport est-il inhumain?

L’avenir du sport semble s’assombrir, alors que les athlètes repoussent les limites et enfreignent les règles. Ces comportements pourraient compromettre le rôle du sport en tant qu’outil pour le développement.

«Le sport sérieux n’a rien à voir avec le fair play. Il est indissociable de la haine, la jalousie, la forfanterie, le mépris de toutes les règles et le plaisir sadique de voir de la violence. En bref, c’est la guerre sans les coups de feu.» - George Orwell

Il y a quelques années, en assistant à une conférence mondiale sur le sport, j’ai remarqué que l’un des membres proéminents du Comité Internationale Olympique avait en sa possession un petit livre en français. Sachant que cette personne était encline aux escapades intellectuelles, je n’ai pas pu m’empêcher de demander le titre ainsi que l’auteur de l’ouvrage : Robert Redeker, « Le Sport est-il inhumain ? » (2008). N’ayant jamais entendu parler de Redeker, je me suis mis à poser quelques questions pour comprendre quel était son point de vue.

Robert Redeker est un auteur et professeur de philosophie français, connu pour ses positions controversées sur divers aspects de l’humanité, avec une affinité particulière et critique pour le sport, ayant dédié deux ouvrages au sport : en 2002, « Le Sport contre les peuples » et en 2012, « L’Emprise sportive ».

Pour ceux d’entre nous qui iront à Rio pour assister à la cérémone d'allumage de la vasque olympique et paralympique face à des centaines de milliers de spectateurs lors la cérémonie d’ouverture, il s’agit du moment idéal pour mener une réflexion sur l’état actuel du sport et du mouvement olympique et paralympique. Le sens des débats est généralement donné par les médias, les athlètes, les entraîneurs et cette fois-ci par l’Organisation Mondiale de la Santé en raison des impacts inconnus sur le long terme du virus Zika.

De plus en plus de dirigeants dans le monde du sport ainsi que de la politique, de l’éducation ainsi que du monde religieux commencent à porter une attention accrue au potentiel du sport en tant qu’outil profitable à l’humanité. Certains détracteurs comme Redeker considèrent le sport comme une matrice inhumaine, et que le sport contemporain déshumanise les athlètes en ne se préoccupant que du « citius, altius, fortius » (plus vite, plus haut, plus fort – vitesse, hauteur et force, en tant que quantités mesurables) aux dépends du développement social, sociétal, comportemental et anthropologique.

Au sein de l’ensemble des observateurs du sport, je n’avais jamais entendu la voix des philosophes; par conséquent, je saisis cette opportunité pour mettre en lumière cette perspective cruciale et pourtant absente des débats. Je fais partie de ceux qui soutiennent de tout cœur les concepts et les idéaux des cinq anneaux olympiques, mais au nom de l’ouverture du débat, nous devons porter attention à l’autre versant, le versant sombre de certaines médailles olympiques et paralympiques, pour assurer un équilibre salutaire. Le sport compétitif et ses organes de gouvernances ne peuvent s’affranchir d’être vus sous un jour plus sombre.

Certains détracteurs du sport n’ont pas hésité à clamer que les athlètes modernes sont des mutants, dans le sens que « les meilleurs athlètes sont ceux qui surpassent les limites de l’humanité, en les faisant exploser » comme le croit fermement Redeker, qui pense que nous sommes en train d’assister à une véritable déshumanisation de l’athlète.


[Cet article a été édité et traduit par l'Equipe opérationnelle sur la base d'un article paru sur sportanddev le 26 juillet 2016]

About

Article type

News

Author

Leszek Sibilski

Published

Thursday, July 28, 2016 - 23:00