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L’égalité femmes-hommes dans le sport bénéficie à tous

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L’égalité femmes-hommes dans le sport bénéficie à tous

Un billet d’humeur de Marie-Cécile Naves, politologue et vice-Présidente du Think tank Sport et Citoyenneté.

Le sport français et international a tendance à s’abriter derrière l’étendard des « valeurs du sport » – méritocratie, respect de l’autre, abnégation, esprit d’équipe, etc. – pour éviter de s’interroger sur ses pratiques. Comme nous l’expliquons dans notre ouvrage, « Le pouvoir du sport », co-écrit avec Julian Jappert, ce faux universalisme a souvent servi d’alibi à de fortes inégalités entre les femmes et les hommes, que ce soit dans les conditions de pratique, la médiatisation, la gouvernance et l’accès aux postes à responsabilité.

Les inégalités et les discriminations de genre sont encore immenses dans le sport. Le langage nous donne un premier indice que, comme dans les autres sphères sociales, les femmes incarnent la marge, la différence. Pour évoquer le sport masculin, on parle en effet de « Coupe du monde » ou d’« équipe de France ». Quand il s’agit des femmes, l’adjectif « féminin » est ajouté. Il ne viendrait à l’idée d’aucun commentateur de parler du « XV de France masculin ». Lorsqu’on dit « le XV de France », chacun comprend qu’il s’agit des hommes ; la « finale de Roland-Garros », c’est la finale masculine. L’universel est masculin, la particularité est féminine. Les femmes continuent d’être victimes d’un procès en illégitimité dans le sport, à tous les niveaux.

Comme le montrent toutes les enquêtes françaises et européennes, les femmes sont moins nombreuses que les hommes à pratiquer un sport ou une activité physique. En France, malgré de gros progrès ces dernières années, la part des licences sportives féminines est d’un peu moins de 40 %. A l’âge adulte, le temps quotidien contraint des femmes – poids des tâches domestiques et parentales – explique largement cette différence. Mais l’écart sexué de pratique se creuse dès l’adolescence, jusqu’à 30 points dans les classes populaires, quel que soit le territoire de vie.

En effet, le sport constitue l’activité de loisir où les stéréotypes de genre sont les plus présents, parce qu’il est historiquement un lieu privilégié de construction de la virilité et parce que l’instrumentalisation de la biologie y est très forte. Le développement de dispositions, d’une « hexis corporelle » conformes au sexe de l’enfant, aux yeux de la famille, des camarades, de l’institution, participe de la construction d’un capital corporel genré. Ce processus s’inscrit, tout en les perpétuant, dans les représentations collectives de « sports d’hommes » et de « sports de femmes » (moins nombreux).

On apprend aux enfants la discipline sportive qu’il convient de choisir, en invoquant les habitudes et en arguant de préférences prétendument innées. Les pratiques sportives des garçons et des filles ont des visées divergentes : les premiers doivent « se défouler » et devenir forts (physiquement et mentalement), alors que les secondes apprennent à être dociles et disciplinées et à valoriser leurs qualités esthétiques. La transgression est coûteuse : le soupçon de déficit de féminité (« garçon manqué ») ou de virilité (jugé plus grave), associé au soupçon d’homosexualité (vu comme plus inquiétant pour les garçons) ne sont jamais loin.

 

 

 

 

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News

Author

Marie-Cécile Naves

Published

Tuesday, August 29, 2017 - 18:56