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L’escrime et le talent de Joséphine, source de bien-être pour les enfants vulnérables

Copyrights: Association Pour le Sourire d'un Enfant

L’escrime et le talent de Joséphine, source de bien-être pour les enfants vulnérables

Dans la foulée de la Journée internationale de la jeunesse, l’Association Pour le Sourire d’un Enfant raconte le parcours de Joséphine et comment la pratique de l’escrime a changé la vie de cette jeune fille mineure incarcérée durant deux ans à la prison de Thiès.

Au Sénégal, une partie des mineur-e-s détenu-e-s mettent en échec les prises en charge éducatives classiques. Pour répondre à ce défi, l’Association Pour le Sourire d’un Enfant, en partenariat avec l’administration pénitentiaire du Sénégal, propose une innovation pédagogique : « Escrime et Justice réparatrice ». Cette méthode psychoéducative répond à trois objectifs fondés sur la pratique du sport : 

  • prévenir la maltraitance des enfants en danger, 
  • promouvoir l’éducation et la formation des mineurs en situation de conflit avec la loi,
  • préparer la réinsertion des mineur-e-s en détention et rompre avec le cycle de récidive. ​​​​​

L’escrime, et le fleuret en particulier, constitue un outil précieux pour l’apprentissage de compétences de vie et la culture de valeurs. Elle contribue également à la diminution de la violence et favorise « l’autonomisation des jeunes filles grâce à son impact sur l’estime de soi et l’intégration sociale » et a des effets directs sur le respect des droits de l’enfant. Plus de 900 séances d’escrime ont été organisées, impliquant plus de 350 Mineur-e-s en détention. Aucun-e- n’a récidivé.

Joséphine, mineure âgée de 17 ans, a découvert l’escrime à la prison de Thiès. Son parcours est celui de nombreuses jeunes filles en situation de conflit avec la loi. Comme le souligne le Directeur de la promotion des jeunes au Ministère de la Jeunesse du Sénégal, « les questions liées à la sexualité de façon globale sont des sujets tabous dans notre société » (Seneweb, 18.09.2020).

Les victimes de grossesses précoces non désirées et leur famille subissent l’opprobre. Cette stigmatisation sociale favorise les accouchements solitaires dans des conditions dramatiques qui peuvent entraîner la mort de l’enfant. Loin de bénéficier de soins adaptés, ces jeunes filles sont poursuivies pour avortement et infanticide. Ces deux infractions sont considérées comme criminelles et sanctionnées par l’emprisonnement. Cette double peine, sociale et pénale, a un impact durable sur leur santé physique et mentale.

En détention provisoire pendant plus de deux ans, Joséphine a dépassé ses tentations suicidaires grâce à la pratique de l’escrime.

L’escrime a changé ma vie. Avant, je pensais me suicider. Quand j’ai commencé l’escrime, j’ai changé d’avis et j’ai compris que tôt ou tard je sortirai de prison ».

Les séances d’escrime encouragent la mixité. L’objectif est de promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des mineures grâce à l’impact de la pratique du sport sur l’estime de soi. Très douée et audacieuse, Joséphine a progressivement battu les garçons et elle est devenue la leader du groupe ! L’escrime est devenue sa source de motivation pour reprendre ses études à sa sortie de prison. Un an après, elle a réussi son BAC et a débuté un cursus universitaire en philosophie ! « Avec l’escrime, j’ai senti une fierté en moi que je n’avais jamais connue. J’ai appris à me battre pour construire seule ma vie et celle de mon fils. Je suis devenue libre et heureuse ».

Aujourd’hui, Joséphine souhaite partager son expérience avec les enfants les plus vulnérables, contraints au travail forcé et souvent victimes d’agressions sexuelles et de violences physiques. Elle suit la formation d’animatrice en « Escrime et Justice réparatrice » et encadre avec passion de jeunes enfants confiés à l’Association Pour le Sourire d’un Enfant par les autorités judiciaires du Sénégal. Joséphine met tout son talent et son énergie au service de leur bien-être. Avec l’escrime, chacun redécouvre les joies de l’enfance et le plaisir d’apprendre !

Cette expérience inédite ouvre de nouvelles perspectives éducatives. Les surveillant-e-s pénitentiaires et les éducateur-trice-s du ministère de la Justice l’ont bien compris. A leur tour, ils se sont engagés dans une formation en vue d’un déploiement à l’échelle nationale de la méthode « Escrime et Justice réparatrice », en faveur des enfants en danger et des mineur-e-s en situation de conflit avec la loi. Initié avec Open Society West Africa (OSIWA), ce programme est actuellement déployé dans le cadre d’un FSPI Sport de l’Ambassade de France au Sénégal et d’un projet Sport & Développement (AFD-FIFA).

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L’Association Pour le Sourire d’un Enfant est implantée au Sénégal depuis 1989 et agréée par le ministère de la Justice depuis 1999. Elle propose des alternatives éducatives à la privation de liberté des mineur.e.s à travers l’escrime et la justice réparatrice. Les films « La prison de la seconde chance » de Laurent Daufès et « La liberté en prime » de Nils Tavernier relatent le travail de l’Association en faveur des mineur.e.s incarcéré.e.s.

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Association Pour le Sourire d’un Enfant

Published

Monday, August 16, 2021 - 15:42