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ONU : Taxer les matchs de football pour la bonne cause ?

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ONU : Taxer les matchs de football pour la bonne cause ?

L’ONU imagine une taxe sur les billets de matchs pour financer l’aide humanitaire. Qu’en penser ?

C'est l'idée qui a retenu l’attention de la presse. Le rapport de l’ONU sur le financement de l’aide humanitaire, présenté le 17 janvier à New York, suggère pourtant de multiples pistes pour combler le fossé grandissant entre besoins et dons. En vrac : taxes sur les concerts, les divertissements, les transports, mais aussi prélèvements sur les fonds des institutions financières islamiques…

Une « taxe de solidarité »

Le rapport dresse un constat alarmant. Les besoins des actions humanitaires ont bondi en 15 ans de 2 à 24,5 milliards de dollars, en raison de la multiplication des conflits et des catastrophes naturelles. L’année dernière, l’ONU n’a recueilli que la moitié des fonds sollicités. D’où la nécessité d’explorer de nouvelles sources de financement. Les auteurs du rapport ont notamment imaginé une « taxe de solidarité » frappant certains biens ou services, dont les billets de matchs de football. L’ONU a déjà pris contact avec la FIFA, laquelle ne s’est pas encore exprimée publiquement.

Cette idée s’inspire de l’exemple d’Unitaid, ONG active dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dont la majorité des fonds proviennent d’une taxe prélevée sur les billets d’avion. Neuf pays, parmi lesquels la France et le Cameroun, appliquent cette taxe, qui varie d’un à 40 euros suivant les vols. Entre 2006 et 2011, Unitaid a récolté par ce bais 1,6 milliards d’euros.

nameLa compagnie Air France est le plus gros contributeur de la taxe en faveur d’Unitaid. Image : Wikimédia Commons

« Autant taxer les stars »

La presse francophone n’a pas pris position sur l’éventuelle imposition des tickets d’entrée au stade de football. Certains internautes, en revanche, ont exprimé des commentaires acerbes sur les sites des journaux. « Autant taxer les ''stars'' qui gagnent des millions et non pas des supporters qui essayent d'économiser pour les voir », se plaint un lecteur de 20min.ch. Les réactions similaires pleuvent sur la toile.

Dans le même registre, nombreux préconisent d’imposer les marchés financiers plutôt qu’un sport populaire comme le football. Autrement dit, les riches plutôt que les classes moyennes. Les rapporteurs onusiens avaient d’ailleurs évoqué une mesure de ce genre sous la forme d’une taxe sur les transactions financières. Mais ils l’avaient balayée, jugeant improbable l’émergence d’un consensus international sur la question.

Un autogoal ?

L’ONU devrait prendre au sérieux les réactions réticentes à une taxe sur le football, même si celles-ci sont peut-être minoritaires. Créer un impôt universel direct, c’est risquer de s’attirer les foudres d’une partie des populations, surtout si les fonds n’étaient pas utilisés de manière transparente et efficace. Or le contexte international est tendu. On le sent, dans l’opinion publique, en particulier en Europe, des mouvements critiques envers les organisations internationales gonflent, notamment contre l’ONU et l’UE.

On ne peut pas non plus éluder un autre problème : est-il raisonnable de confier à la FIFA – ou à toute autre fédération sportive internationale – le soin de récolter, pour le compte de l’ONU, une manne financière qui pourrait se chiffrer en milliards de dollars par an ? Cela ne reviendrait-il pas à doter une organisation sans légitimité démocratique d’un important moyen de pression sur la politique internationale ?

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News

Author

Grégoire Luisier

Published

Tuesday, February 2, 2016 - 23:00