You are here

Rwanda, l'après-génocide : Le football pour l'unité et la reconstruction

womenwin_1.jpg
Copyrights: WomenWin

Rwanda, l'après-génocide : Le football pour l'unité et la reconstruction

Cet article est le troisième de la série Sport et Conflits qui s'attache à montrer le sport comme moteur de réconciliation dans des situations conflictuelles ou post-conflictuelles.

En 1994, le monde découvre avec effroi le génocide rwandais qui a conduit à la mort d’environ 800 000 Tutsis et Hutus modérés dans la seule période d’avril à juillet. Pour les survivants au génocide, la détresse post-conflit se double d’une situation économique préoccupante. Ces rescapés sont, en réalité, surtout des femmes et représentent près de 70% de la population. Dans un pays où 60% de la population vit avec moins d’un dollar par jour, les femmes sont particulièrement exposées à la pauvreté.

Témoin de la détresse des femmes rwandaises après le conflit, Felicite Rwemarika souhaite leur donner la possibilité de se reconstruire et crée pour cela l’association AKWOS (Association of Kigali Women in Sports) en 1997. C’est par le sport qu’elle souhaite redonner aux rescapées du génocide goût à la vie. Pour ce faire, Felicite Rwemarika décide de développer le football, sport réputé très masculin et interdit aux filles, au Rwanda. Un pari risqué mais réfléchi car les réticences étaient telles que si l’objectif était rempli, le football serait le plus à même de changer les choses, de bousculer le statu quo, de changer la structure sociale de la société rwandaise.

« Le génocide a laissé des femmes traumatisées pour qui la vie n’avait plus de sens » disait Felicite Rwemarika en 1997. A court et long terme et à plusieurs niveaux, le foot a permis aux femmes d’écrire leur histoire, une nouvelle histoire. Tout d’abord, parce qu’il leur a permis de reprendre confiance en elles et de réapprendre à tisser du lien social et ensuite car il a permis de mettre de côté les animosités entre ethnies et de créer les conditions favorables à la réconciliation et l’unité.

L’autre combat de l'association, et pas des moindres, est d’aider les femmes à s’émanciper, de les encourager à devenir des acteurs économiques à part entière. Aujourd’hui, plus de 300 femmes sont engagées durablement dans l’administration des différentes équipes et dans l’organisation de tournois. Felicite encourage aussi les femmes à developper des coopératives agricoles afin de se lancer dans l’agrobusiness. Le football devient donc un moyen de sortir de la pauvreté.

L’association a aussi pour but de faire passer des messages importants, particulièrement en matière de sensibilisation aux pratiques à adopter dans la lutte contre le VIH/Sida et autres infections sexuellement transmissibles. L’association a aussi permis de grandes avancées en matière d’égalité homme-femme, non seulement à titre individuel mais aussi dans la société. Felicite a notamment influencé de nombreuses mesures gouvernementales, dont certaines concernant l’accès aux femmes à davantage de sports.

Même si le processus a pris du temps – il a fallu 10 ans avant de parvenir à intégrer la Fédération Rwandaise de Football – le football féminin s’est fait une place au Rwanda. Il existe plus de 100 équipes et il est largement pratiqué dans les écoles. Enfin, le pays détient le record africain du nombre de femmes footballeuses certifiées par la fondation FIFA, une motivation pour les jeunes filles rwandaises.

About

Article type

News

Author

Charlotte Grégoire

Published

Sunday, September 4, 2016 - 23:00