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Quelle place pour la démocratie dans le sport ?
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Et si le sport nous aidait à réinventer la démocratie ?

Cet article a été soumis dans le cadre de l'appel à articles « sport et démocratie » de sportanddev. Vous voulez partager votre point de vue sur le sujet ? Découvrez comment.

Nous avons fait le rêve que le sport assumait d’être politique.

Dans ce rêve, fréquenter un club ou une association sportive était non seulement un moyen de pratiquer, mais aussi un lieu pour faire société et expérimenter la démocratie. Le sport y était politique au sens noble du terme : il permettrait à chacun·e de contribuer à l’organisation collective de la cité.

A notre réveil, le contraste avec la réalité des actualités sportives institutionnelles a été déroutant.

Le sport fédère 180 000 clubs et plusieurs millions de licencié·es auxquel·les viennent s’ajouter les pratiquant·es non licencié·es. Si des obstacles majeurs demeurent, son potentiel pour être un lieu d’éducation et d’expérimentation vers plus de démocratie reste encore à explorer.

Entre désirs de démocratie et logiques de dominations : quelle place pour la démocratie directe dans le sport ?

Prenons tout d'abord une échelle macroscopique. En France, différentes institutions nationales assurent la gestion du sport : l’État et le ministère des Sports, des Jeux Olympiques et Paralympiques, le Comité National Olympique et Sportif (CNOSF) et l’Agence Nationale du Sport. Par délégation, l’État confie aux fédérations la gestion de leur(s) pratique(s). Les fédérations nationales adhèrent au CNOSF et rassemblent les clubs de leurs disciplines qui se répartissent sur le territoire dans les comités régionaux ou départementaux olympiques et/ou de leur discipline.

A chaque échelon, une élection octroie à un·e président·e et à son équipe les attributions pour gérer la structure. En théorie, les candidat·es se déclarent, puis font campagne sur la base d’un programme qui fixe les lignes de leur future politique.

Les fédérations sont membres de leur confédération continentale et mondiale : leurs représentants, élus par des collèges issus des organes déconcentrés et des clubs selon les statuts de chaque fédération, y occupent parfois des sièges ou des fonctions.

Si ce processus semble démocratique, il est nécessairement influencé par des facteurs économiques, des logiques de réseaux ou d’influence (géo)politique, des leviers opportunistes ou conjoncturels. Il laisse aussi place à des rivalités, des oppositions de camps, des tentatives d’intimidation et fait l’objet de dérives régulièrement relayées par les médias, du niveau local au niveau mondial.

Par ailleurs, ce système politique sportif reste basé sur le principe des « grands électeurs » où les élu·es disposent ensuite d'une voix (avec plus ou moins de poids) pour peser sur les élections des autres échelons. La démocratie s'en trouve diluée et les responsables politiques peuvent potentiellement être dans une situation de cumul de mandats ou de rôles pouvant nuire à son fonctionnement.

En pratique, les équipes élues et les structures sont souvent soumises aux impératifs économiques et de gestion quotidienne de structures associatives quasiment devenues des petites et moyennes entreprises (PME). Elles font face au manque de ressources (humaines et non-humaines), au manque d'expérience ou de formation de certain·es dirigeant·es ou bénévoles pour porter opérationnellement ces projets sans avoir les moyens de leurs ambitions. L’intégralité de la stratégie des structures est ainsi orientée vers le succès sportif et la performance qui déterminent les rentrées économiques dont dépend leur survie. Les discours montrent l’omniprésence du nombre de médailles comme facteur de réussite des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 et renforcent cette croyance. 

Ce contexte générique s’applique à tous, y compris aux mieux dotés financièrement. Les rapports interpersonnels et hiérarchiques, les relations entre acteurs, les prises de décision, sont de plus biaisés par les logiques de domination patriarcale, sociale ou économique, qui n'épargnent ni le sport, ni la société. L’opposition entre intérêts personnels liés aux mandats et intérêt général qui s’inscrit dans le temps long ajoute encore de la complexité.

Tous ces éléments compromettent l’exercice de la démocratie dans les instances sportives. Entre les pratiquant·es et les instances, il existe un gouffre. Combien de pratiquant·es connaissent les noms des membres du conseil d'administration de leur fédération (voire de leur président·e) ou ne serait-ce que leurs grandes idées ? Si ces défaillances démocratiques interrogent la réalité, elles sont aussi la meilleure preuve que le potentiel de participation dispose de grandes marges de progression.

Réinventer les modèles et la démocratie dans le sport

Faire société au sein des structures sportives

Si les pratiquant·es sont des citoyen·nes comme les autres, elles et ils devraient être en capacité de pouvoir exercer certains droits. Leur implication dans les processus électoraux actuels est marginale voire inexistante. Les assemblées générales (AG) des clubs (qui sont des associations loi 1901 donc bénéficiant de règles de fonctionnement démocratiques) pourraient être pensées pour être des temps inclusifs, ouverts et où l’on cherche à expliquer et à impliquer largement.

Un système de suffrage universel direct pourrait renforcer la participation citoyenne des sportifs et sportives dans la gouvernance des instances. Une politique pro-active de participation aux élections des clubs, d’ouverture des conseils d’administration et de renouvellement des bureaux serait un premier geste vers plus de démocratie au quotidien. Pour que les pratiquant·es constituent un panel représentatif, cela suppose que les barrières à l'accès aux pratiques aient été levées. Pour être complète, la démocratie dans le sport ne pourra donc faire l'économie de cette question centrale d'une accessibilité universelle aux pratiques.

Construire ensemble les modèles sportifs démocratiques de demain

La réflexion pourrait être poussée jusqu’à imaginer ce à quoi pourrait ressembler un club réellement démocratique. Sans les idéaliser, les expériences corinthiane ou du Stade Lamballais (Mouvement football progrès - MFP, Le Contre pied) fournissent des précédents en termes de démocratie participative appliquée au football.

Choix des équipements, des sponsors, du menu de la cantine ou de la carte de la buvette, des compositions, des séances d’entraînement, des remplacements, des priorités et des stratégies (faire participer tout le monde, assurer le résultat, s’amuser, préférer la défense, l’attaque…) : l’ensemble de la vie d’un club, d’une association, d’une fédération pourrait être soumis à décision collective et impliquer toutes les parties prenantes. Les clubs seraient alors des espaces de dialogue, d’apprentissage et d’exercice de la démocratie, en dehors et sur le terrain sportif.

On y interrogerait avant le début de la saison les envies des pratiquant·es et notamment des enfants. On y définirait ensemble les objectifs : bien se classer au championnat peu importe la manière ?  Progresser en équipe ou individuellement ? Prendre du plaisir avant tout ? Monter un projet solidaire, un voyage, un tournoi sportif ? S'autoriser à découvrir un autre sport (impensable !) pendant l’année ? Pratiquer en mixité, avec des personnes handicapées, régulièrement ou ponctuellement ?

Cela permettrait aussi de désacraliser la place et la parole de l'entraîneur·e (minoritairement malgré tout) qui illustre plutôt bien le manque de démocratie dans le sport, notamment lorsque l'on atteint des niveaux très compétitifs. Son image, son discours et ses décisions font autorité : les pratiquant·es doivent acquiescer et s'y soumettre ou être relégué·es sur le banc. Toute parole dissonante de la part des pratiquant·es est (souvent) considérée comme un manque de respect ou un acte de rébellion, excluant toute possibilité d'exprimer un avis divergeant ou de contester celui de l'encadrant·e. 

Les pratiquant·es seraient au cœur de la construction de leur pratique plutôt que des consommateur·rices d’une offre sportive préétablie. Des mécanismes d’apprentissage par les pairs pourraient donc aussi être envisagés pour que des représentants (élus ou selon une rotation établie) de chaque catégorie d’âge participent à l’encadrement des autres générations (plus âgées ou plus jeunes). Les pratiquant·es pourraient à tour de rôle encadrer tout ou partie d'une séance d'entraînement, l'imaginer collectivement ou selon les fantaisies des un·es et des autres. Ce passage de pratiquant·e à encadrant·e favoriserait une logique de dialogue et d'écoute pour construire ensemble la vie sur le terrain et dans le vestiaire.

Conclusion

La démocratie ne peut être simplement décrétée. Elle doit s’expérimenter et se vivre au quotidien au risque de se vider de sa substance ou d’être rejetée par les citoyen·nes. Le sport, qui réunit chaque jour des millions de pratiquant·es, peut offrir un cadre intéressant pour oser de nouvelles formes de démocratie, notamment participatives, et encourager toutes les générations à opérer des transitions vers des modèles plus justes, durables et émancipateurs.

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Delphine Benoit possède une expérience d’environ quinze ans au sein des instances fédérales de différents sports et accompagne depuis plusieurs années les organisations sportives à intégrer la RSE dans leur stratégie de développement. 

Hugo Beguerie a travaillé pendant plus de 10 ans dans l'éducation populaire, pour une ONG d'éducation par le sport puis au sein du cabinet du Maire d'une grande ville française. 

Passionné des thématiques culturelles en lien avec le football (littérature, histoire, politique, arts…), Franck D'Agostini a étudié ce phénomène social avant de travailler dans des départements RSE et/ou fondations d'organisations sportives depuis 2012.

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